Chroniques littéraires

Une vie par Simone Veil

Résumé

Simone Veil accepte de se raconter à la première personne. Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l’étranger ; son autobiographie est attendue depuis longtemps. Elle s’y montre telle qu’elle est : libre, véhémente, sereine.

 

Mon avis

Oh ce livre ! Par où commencer ?! Tiens par le début par exemple, et la façon dont je l’ai eu entre les mains. Un couple d’amis, lors d’une visite à Bordeaux, me l’a offert. Plus que le livre, c’est leur attention qui m’a touchée : quel plaisir de voir que vos amis vous connaissent si bien et savent exactement comment vous faire plaisir ! Une biographie d’une grande dame, mon dada :p

 

Je connaissais très peu Simone Veil, seulement les grandes lignes de sa vie : son rôle majeur dans la loi en faveur de l’IVG, son adolescence marquée par les camps d’extermination. Comme beaucoup de monde, sa mort m’a émue, et à la lecture de sa biographie, j’ai d’autant plus compris qu’une femme importante c’était éteinte.

 

 

Voici ce qui m’a le plus interpellé dans son autobiographie :

 

– La beauté de son écriture. Simone Veil est entrée à l’Académie Française et je comprends pourquoi, elle écrit merveilleusement bien. Sa prose est fluide, claire, simple mais soutenue, les mots s’enfilent les uns à la suite des autres à la manière de petites perles qui glisseraient sur un fil de soie. Certains passages de l’ouvrage m’ont moins intéressé, notamment sur sa carrière politique, pour autant je n’ai pas manqué une ligne, juste pour le plaisir de lire un beau texte.

 

– Des émotions tout en pudeur. Dès les premières pages, Simone Veil nous livre ses souvenirs et réussit à nous faire ressentir les émotions qu’elle a vécu, tout en restant très pudique. Des émotions tellement joyeuses, lors de son enfance très heureuse, puis des émotions terribles lors de sa déportation. Qu’est-ce que ce chapitre a été dur à lire… Elle y est très lucide, elle ne mâche pas ses mots, tout en étant très posée. J’ai été touchée lorsqu’elle explique que personne ne voulait croire à ce qui se préparait, malgré les signes avant-coureur (autodafé de livres, violence dans les rues, etc.). Jamais elle n’imagine ce qui l’attend, même lorsqu’elle se retrouve au pied des cheminées fumantes d’Auschwitz, parce que, comme elle le dit si bien, ce qui s’y passe est inimaginable pour le commun des mortels.

 

– Malheur et chance mêlés. Une chose m’a frappé tout le long du livre : Simone Veil a vécu les pires tragédies, a dû faire face à de terribles drames, et en même temps a toujours eu de la chance sa vie durant. C’est très paradoxal de rapprocher ses deux notions, mais c’est pourtant ce qui ressort de ses mémoires. D’ordinaire je ne crois pas vraiment au destin, mais à la lecture de ce livre, j’ai l’impression que Simone Veil en avait un. Je pense bien évidemment aussi que sa force et ses valeurs ont eu un impact majeur, saisir les opportunités qu’elle a saisies, faire preuve d’autant de courage n’est pas donné à tout le monde.

 

– Le respect de ses valeurs avant tout. Ce que je retiens de Simone Veil, c’est qu’elle a toujours été guidée par ses valeurs, elle ne s’est JAMAIS laissée fourvoyer. « Je n’ai jamais eu le désir de faire carrière et entends rester fidèle aux principes qui sont les miens. La politique me passionne, mais, dès qu’elle devient politicienne, elle cesse de m’intéresser » (p.247) Quelques fois, je n’ai pas partagé ses opinions politiques, mais cela n’a pas d’importance quand on sait qu’elle a pris ses décisions avec autant d’intégrité. Je crois que c’est ce point qui m’a le plus fait regretter sa perte : c’était une femme droite et juste : on aurait tellement besoin de plus de personne comme elle parmi nos dirigeants… D’ailleurs elle nous livre quelques anecdotes croustillantes sur les bassesses des politiques, c’est divin 🙂 Je ne peux me retenir de vous en dévoiler deux. A propos de François Bayrou, «uniquement préoccupé par son propre avenir qui, depuis sa jeunesse, ne porte qu’un nom : l’Elysée » (p.216) ou encore « il est convaincue qu’il a été touché par le doigt de Dieu pour devenir président ». Par contre, j’ai été surprise que sa carrière politique et son travail occupent autant de place dans l’ouvrage. J’ai assez rapidement eu la sensation que sa vie se résumait à cela, elle ne s’attarde que rarement, voir jamais, sur ses sentiments, sur sa vie familiale, sa vie amicale, sa vie de femmes.

 

– La loi sur l’IVG. Ce sujet occupe bien évidemment une place importante dans son autobiographie, en tant que l’un des succès marquants de sa carrière politique. Elle nous fait voir l’envers du décor, les pressions reçues, les détracteurs de la loi et ses défenseurs. Ce passage est assez passionnant. Elle livre une de ses réflexions « Je me suis toujours demandé, à l’époque, si les hommes n’étaient pas, en fin de compte, plus hostiles à la contraception qu’à l’avortement. La contraception consacre la liberté des femmes et la maîtrise qu’elles ont de leur corps, dont elles dépossèdent ainsi les hommes. Elle remet donc en cause des mentalités ancestrales. L’avortement, en revanche, ne soustrait pas les femmes à l’autorité des hommes, elle les meurtrit ». Simone Veil était bel et bien féministe 😉

 

 

Verdict, cette autobiographie est à lire, elle est émouvante, éclairante, elle nous permet de mieux connaître une figure féminine vraiment inspirante (ce qui ne sera pas pour déplaire à Virginia Woolf) !

 

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