Chroniques littéraires

Une Chambre à Soi, par Virginia Woolf

 

 

Bravant les conventions avec une irritation voilée d’ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi.

« Pourquoi un sexe est-il si prospère et l’autre si pauvre ? Quel est l’effet de la pauvreté sur le roman ? » Virginia Woolf

 

Mon avis

 

Je poursuis avec délectation ma découverte de la littérature féministe par un classique : Une Chambre à Soi de Virginia Woolf. Publié en 1929, cet essai questionne la relation entre les femmes et le roman. L’icône du féminisme anglo-saxon s’évertue à démontrer comment l’indépendance financière aide les femmes à s’émanciper et ici en particulier à travers l’écriture. Son raisonnement est d’une extrême logique et peux paraître évident aujourd’hui, mais à l’époque c’était loin de l’être. Ce qui est donc intéressant dans cet ouvrage, au-delà de sa conclusion, c’est toute la démonstration que l’auteure prend le temps de développer.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai trouvé ce sujet, très spécifique, intéressant à creuser. Virginia Woolf a en plus une très jolie plume. Cependant, je n’étais pas mécontente d’arriver au bout des 176 pages, j’ai parfois eu un peu de mal à suivre le raisonnement de l’auteure.

 

Ce livre est « implicitement » militant, c’est un point que j’ai particulièrement apprécié. J’entends par là que Virginia Woolf ne revendique pas, elle n’est pas en rébellion, elle expose simplement des faits. Et à travers son analyse rudement menée, elle nous entraîne irrévocablement à la même conclusion qu’elle (à moins d’être de mauvaise foi :p) : « L’art de la création exige la liberté et la paix », dit autrement, l’art de la création exige d’avoir une chambre à soi.

 

 

Virginia Woolf met notamment en lumière à quel point il est important d’avoir des modèles féminins auxquels s’identifier, des figures inspirantes. Comment une femme pouvait-elle envisager prendre sa plume pour s’exprimer quand AUCUNE autre ne le fait déjà ? Il fallait faire preuve de beaucoup de courage pour écrire, à cette époque, les hommes et la société les en empêchaient, d’une part matériellement, mais également culturellement. Celles qui avaient l’audace de poser des mots étaient violemment découragées et critiquées. L’auteure écrit d’ailleurs très justement « l’histoire de l’opposition de l’homme à l’émancipation des femmes est plus intéressante peut-être que l’histoire de cette émancipation elle-même » (p.83) ou encore « il existait une masse immense de déclarations masculines tendant à démontrer qu’on ne pouvait rien attendre, intellectuellement d’une femme » (p.81).

 

Un passage m’a beaucoup amusé : elle y démonte, de manière implacable, une réflexion d’un célèbre professeur de l’époque qui affirme qu’il est impossible qu’une femme ait le génie de Shakespeare. En quelques pages, elle se moque ouvertement de « ce crétin » et le ridiculise. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse vous délecter de ce passage en page 70.

 

Vous pouvez vous procurer Une Chambre à Soi chez un libraire indépendant près de chez vous !

 

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