Chroniques littéraires

Aucun de nous ne reviendra, par Charlotte Delbo

Résumé

Charlotte Delbo était une des 230 femmes qui, dans le convoi du 24 janvier, partirent en 1943 de Compiègne pour Auschwitz.

Aucun de nous ne reviendra est, plus qu’un récit, une suite de moments restitués. Ils se détachent sur le fond d’une réalité impossible à imaginer pour ceux qui ne l’ont pas vécue. Charlotte Delbo évoque les souffrances subies et parvient à les porter à un degré d’intensité au-delà duquel il ne reste que l’inconscience ou la mort. Elle n’a pas voulu raconter son histoire, non plus que celle de ses compagnes ; à peine parfois des prénoms. Car il n’est plus de place en ces lieux pour l’individu.

 

Mon avis

En juin dernier, j’ai profité d’un passage à Paris pour passer à la librairie Des femmes. J’ai eu envie de lire la biographie de Charlotte Delbo, mais la libraire m’a conseillée de plutôt rencontrer cette grande femme de lettre à travers son œuvre. Je suis donc repartie avec « Aucun de nous ne reviendra », le premier tome de « Auschwitz et après ».

Ce livre m’a totalement ébranlé.

 

J’ai hésité à plutôt employer les adjectifs subjuguée, ou émerveillée, mais ébranlé est le bon mot. J’ai même un peu de mal à retranscrire ici ce que j’ai vraiment ressenti à la lecture de ces 180 pages.

Chacun des mots de Charlotte Delbo m’a fait l’effet d’un uppercut, en plein ventre, en pleine tête, en plein cœur…

Evidemment, chaque ouvrage traitant de ce sujet si dur qu’est la déportation est marquant, mais je n’avais jamais rien lu de tel. Il ne s’agit pas d’un récit classique, structuré, chronologiquement par exemple. Ici, on est entrainé dans enchainement de souvenirs. Le livre est à la fois très pudiques (elle n’emploie que très rarement le « je », nomme très peu de personnes) et très tranchants, crus. Mais tellement beau aussi, j’ai à certains moments eu l’impression de lire de la poésie. Parfois, le rythme de la page est posé, régulier, d’autre fois, la plume de l’auteure s’emballe, scande, on partage avec elle ses pires moments.

 

Pendant la lecture, je me suis beaucoup questionné sur notre devoir de mémoire. Est-ce que se souvenir, savoir, change finalement quelque chose ? Nous avons tous appris les atrocités qui ont eu lieu pendant la seconde guerre mondiale, nous sommes tous capables de citer un livre, un film témoignant de cette époque, nous sommes tous bouleversés en y pensant. Pour autant, en quoi cela empêche-t-il aujourd’hui l’Histoire de se réitérer ? C’est pourtant dans ce but que Charlotte Delbos a tenu à témoigner à son retour des camps, ce fut même une obsession pendant sa déportation : revenir, pour témoigner. Peut-être devrait-on également nous enseigner le devoir de vigilance et le devoir d’action, pour que plus jamais une Charlotte Delbo ne doive témoigner.

 

Juste avant la lecture de « Aucun de nous ne reviendra », le hasard a fait que j’avais lu un petit ouvrage de Umberto Eco « Reconnaître le fascisme ». Un passage a attiré mon attention : « […] Ce serait tellement plus confortable si quelqu’un s’avançait sur la scène du monde pour dire : « Je veux rouvrir Auschwitz […] ». Hélas, la vie n’est pas aussi simple. Le fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes – chaque jour, dans chaque partie du monde. Liberté et libération sont un devoir qui ne finit jamais. »

 

Au bout d’une dizaine de page de « Aucun de nous ne reviendra », j’ai hésité à arrêter ma lecture, à ranger ce livre. On ne lit pas un témoignage d’une survivante d’Auschwitz à la légère, pour se distraire. Et puis j’ai décidé de poursuivre la lecture, et j’en suis ravie, j’ai l’impression déjà que ce livre m’a marqué. Dans quelques temps c’est sûr, je lirai les deux autres tomes, et j’espère vous avoir donné envie de vous plonger dans ce livre malgré tout merveilleux !

 

Vous pouvez vous procurer Aucun de nous ne reviendra chez un libraire indépendant près de chez vous !

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